Deuxième journée dans Portland, emportée à nouveau dans une espèce de tourbillon teinté d’éclectisme dans une ville pourtant pas si grande. Un peu comme Seattle ou comme Nantes, Portland découvre son charme dans son drôle de patchwork, son petit grain de folie et ses imperfections. Car non, elle n’est pas parfaite comme aucune des villes que j’ai visitées (même pas Seattle !), mais on évolue plus librement dans toute cette diversité.

Bonobo – Outlier

Premier arrêt, l’incontournable restaurant japonais. Nous sommes allés à Masu, dans une belle salle un peu trop climatisée, mais dans laquelle Isaiah a continué d’encourager mes expériences gustatives comme comment manger correctement les edamame ou tester pour la première fois les amai ebi, sortes de crevettes dont je n’ai pas le nom en français (et avec la tête s’il vous plaît). Toujours plus curieuse, j’aurai même malencontreusement avalé une énorme quantité de wasabi (la pâte de couleur jaune, avec les gyozas) sans me méfier.

Le ventre plein, nous partons en direction du quartier chinois (reconnaissable à ses lampadaires rouge et or). En terme d’échelle, j’ai un peu l’impression de me promener dans San Diego. En écrivant cet article, c’est aussi la première fois que je me rends compte que je deviens vraiment curieuse des styles d’architecture dans les villes américaines et que j’ai envie de faire plus de recherches. Certaines formes me sont désormais familières et pourtant  à des lustres de ce qu’on peut trouver en France.

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« Entre lac et montagne se trouve le sens véritable ». Bienvenue dans le Lan Su Chinese Garden, jardin chinois situé en plein coeur de Portland, dans le quartier chinois. Loin d’être juste d’inspiration chinoise, il a été réalisé par plusieurs artisans de Suzhou et plusieurs matériaux et espèces végétales ont été importées de Chine.
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Le nom « Lan Su » est créé à partir de la dernière syllabe de Portland et la première de Suzhou, la jumelle de la première. Enfin, Lan et Su ensemble forment l’expression « Jardin des Orchidées Naissantes », ce qui est, avouons-le, plutôt cool.

Le plan du jardin me rappelle vaguement celui de The Huntington à Pasadena, en juste un peu plus petit (en soi, c’est incroyable comme il peut y avoir autant à voir dans un tel espace en centre-ville). Après avoir étudié tant de plans de jardins orientaux, les illustrations d’Adolphe Alphand et d’Arthur Mangin reprennent un peu vie sous mes yeux et la sensation est vraiment grisante !

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Petite plante deviendra grande. Mais en attendant, on la met en valeur avec une surenchère de rochers pour « combler » un peu le vide.
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Je pense que j’aimerais beaucoup vivre dans un pavillon sur l’eau.
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Claude Monet aurait peut-être apprécié l’endroit, qui sait. En tout cas, ces lotus sont particulièrement beaux.
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Toujours pas de tortues, mais ces tout petits poissons aux nageoires gracieuses. Nous aurons passé pas mal de temps à les observer évoluer dans l’eau. Nous avons même vu quelques carpes koï, qui du fait de leur grande taille et du peu de profondeur de l’eau, sortaient même une partie de leur corps à la surface. Est-ce que l’on peut caresser les poissons ?

Mosaïque texturée sur le sol, ouvertures insolites, feuilles formes originales… La magie du jardin se révèle dans ses détails. Avec les petits pavillons sur l’eau et les nombreux recoins, tout est prétexte à s’arrêter pour observer. Nous étions dans le jardin un peu en fin de journée, et un événement privé se préparait. Le lieu était donc désert et le fait de voir quelques personnes s’affairer autour de nous accentue encore plus notre propre lenteur et caractère contemplatif.

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« Dix mille ravins engloutis dans d’épais nuages », telle est l’inscription en rouge sur cette composition toute en roche, chutes d’eau et ruisseaux. Je n’ai pas de photo réussie, mais il y avait des roches ornementales du lac Tai dont les formes sont vraiment curieuses, puisque sculptées par l’eau. Nous sommes censés les regarder de bas en haut, pour vivre l’expérience d’escalader une montagne…
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J’adore cette photo pour la perte de repères qu’elle procure due à ce drôle de contraste entre le jardin chinois et les immeubles de la ville, mais aussi ces jeux de miroirs entre l’étang et les fenêtres. Le paysagiste Gabriel Thouin plaçait les influences chinoises dans la catégorie des « jardins fantastiques ». « Fantastique » vient de prendre une caractère encore plus fort.

Suivant les consignes données à la sortie (ou entrée !) du jardin, nous faisons le tour du jardin dans un sens, puis dans l’autre, pour le changement de perspective et une expérience différente. On découvre un mur avec du bambou sacré que je trouve particulièrement beau. « Il y en a partout au Japon », me répond Isaiah. Après avoir vécu tant de ces moments où les différences culturelles entre moi et mes proches ressortent, sa remarque m’amuse beaucoup…

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A la sortie du jardin, avant de retrouver l’atmosphère de la ville.
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Ambiance plus industrielle sur les bords de Willamette, la rivière qui coule à Portland.
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Cyclistes, coureurs et junkies se partagent la promenade au bord de l’eau. L’ambiance est vraiment étrange et le caractère paisible de notre balade contraste avec le vrombissement constant des voitures qui circulent de l’autre côté de la rivière. Drôle de patchwork.
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Un monument dédié aux Américains d’origine Japonaise.
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Alors que le décor était plutôt porté sur le thème « industriel », en passant sous un pont, nous tombons sur un port de plaisance avec un caractère un peu plus pittoresque.
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Les oisons sont vraiment adorables avec leur duvet, leur petits piaillements et leur incessante quête d’herbe à se mettre sous la dent (ou plutôt, dans le bec).

Pour l’anecdote, nous avons pas mal vécu à l’heure européenne (déjeuners et dîners tard), mais avons toujours réussi à arriver avant l’heure de fermeture. Or, ce soir-là, alors que nous allions manger notre glace du jour, impossible de trouver un (bon) glacier ouvert. On finit par trouver une enseigne ouverte sur Internet et décidons d’aller à cette adresse.

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Sérépendité oblige, Wiz Bang Bar est géré par… Salt & Straw ! Cela signifie donc que la glace sera au moins « délicieusement intéressante ».
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Je n’aime les cônes que lorsqu’ils sont fait maison. Effectivement, terribles à manger lorsqu’on essaie de conserver un peu d’élégance alors que la glace coule de tous les côtés, il faut que le cône ait quelque chose de très spécial pour que j’accepte de le manger. Cette glace est en deux mots un péché à elle toute seule : recouverte de Brown Butter Blondie, de noisettes pralinées, de caramel, bref je passe… Oh et le cône est également recouvert à l’intérieur d’une couche de chocolat. Isaiah, plus raisonnable, tentera l’association réussie de la glace à la mûre et d’une couche de chocolat craquante.
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A la tombée du jour, Portland conserve son drôle de charme à la cool.
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Envie de visiter une librairie en pleine nuit ? C’est possible aux Etats-Unis. Powell’s Bookstore est peut-être une des attractions les plus populaires de Portland. On m’avait dit que le magasin était énorme ; j’ai vu beaucoup de librairies dans ma vie et lorsque je suis entrée dans Powell’s, je dois admettre que, eh bien oui, c’est immense. Et si je n’étais déjà pas tombée amoureuse de Portland, c’est chose faite avec ce paradis des livres.

Chaque salle porte une couleur pour un grand thème. Nous déambulons de salle en salle, de rayonnage en rayonnage, commentant parfois un livre sur le passage, échangeant sur nos goûts littéraires. Loin d’être une simple librairie, plusieurs notes rythment notre promenade et donnent à Powell’s une vraie identité. Je m’extasie sur les nombreux ouvrages en langues étrangères (Harry Potter dans toutes les langues !), j’explique que Carcassonne existe vraiment en France et n’est pas qu’un simple jeu de société, nous plaisantons sur l’ouvrage de mathématiques rangé dans le rayons des livres sur les maladies infectieuses, et la liste de best-sellers de la librairie donne envie de tout lire. Nous passerons la majeure partie de notre temps dans les rayons de littérature classique où nous discuterons de tous les livres que nous avons lus dans notre jeunesse. Sur les conseils d’Isaiah, et par envie d’un souvenir, je repartirai avec Abattoir 5 de Kurt Vonnegut, drôle de livre tendre et mordant, qui aura également bousculé ma vision du sens de l’humour à l’américaine…