Week-end dernier, c’était le « Family Weekend », événement tout à fait spécial et curieux pour l’étudiante française que je suis. Les parents sont invités à venir rendre visite à leurs enfants le temps d’un week-end. De nombreuses activités leur sont proposées et s’ils arrivent le vendredi, ils peuvent même venir en cours avec les autres étudiants.

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Le paysage embrumé donne l’impression que nous nous dirigeons vers des contrées fantastiques.

Le concept du week-end en famille est vraiment original.

Cependant, mes maigres bagages mathématiques m’ont tout de même permis de venir à une conclusion. Grosso modo, imaginons que pour un étudiant, il y ait deux parents, et que les deux facteurs « frères et sœurs » et « étudiant international = pas de visite des parents » s’équilibrent. Au bout du compte cela fait beaucoup (trop) de monde à mon goût sur le campus. Une seule solution : la fuite. C’est de cette manière que Maÿlis et moi sommes parties à Idyllwild passer la nuit dans le chalet de Pomona College avec 5C Wordsmiths, le club d’écriture créative des Claremont colleges. L’occasion tombait à pic, car j’ai eu un petit passage à vide dans l’écriture du blog. Le charme d’Halona a finalement opéré et me voilà de retour tout à fait requinquée !

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Idyllwild : rien que le nom sonne comme une destination à photographier sur carte postale.

Vendredi 17 Février 2017, 22h47, Idyllwild.

Au départ, après avoir passé déjà deux heures dans le bus sous la pluie, on se demande un peu ce qu’on fiche ici. Puis, on commence à rouler sur la petite route de montagne qui nous emmène vers Idyllwild. Le paysage dans le brouillard prend tantôt des airs inquiétants qui me font penser au jeu vidéo The Vanishing of Ethan Carter, tantôt un caractère féerique avec de petits djinns espiègles se cachant dans les rochers.

Arrivés dans le village enchanté, on se croirait finalement en Laponie chez les lutins. Surtout, il pleut et il fait sombre, mais je remarque que le sol est recouvert de neige : quel bonheur pour moi qui pensais que je ne verrai pas de neige cette année !

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A l’intérieur, les réactions sont unanimes : on se sent comme à la maison. Maÿlis et moi dressons notre camp sur un canapé et nous nous délectons déjà de la soirée à venir.

Pour la petite anecdote, nous avons mis un certain temps à retrouver le bus, ce qui n’était pas bien grave en soi. Là où cela devient amusant, c’est lorsque l’on a dû chercher sous la pluie le moyen d’ouvrir la porte d’entrée. Presque trempés jusqu’aux os, venir s’abriter dans un chalet perdu dans une forêt montagneuse avec toute une bande d’étudiants prend des airs de Les Six Compagnons et le mystère d’Halona.

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Alessandra, présidente du club, nous explique le déroulé de la soirée. Une seule consigne : chuchoter et ne pas faire trop de bruit afin de ne pas déranger les écrivains.
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Affairés autour de la tablette de dessin de Jinyoung. L’ambiance est résolument créative à Halona !

A l’intérieur, ça sent bon le bois et le chalet se réchauffe petit à petit. Tout juste rénové, l’endroit est parfaitement confortable et la décoration, plutôt chaleureuse. La petite équipe que nous sommes s’harmonise assez facilement et chacun trouve un coin tranquille où s’installer. On joue à des jeux de société, on fait connaissance : chacun doit se présenter, raconter brièvement ce qu’il écrit et quel auteur ou personnage de fiction il voudrait être. Je pense avoir ma petite idée concernant le personnage, mais je sèche toujours sur l’auteur !

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Plaids, gros pulls et ordinateurs : installées dans un canapé tout moelleux, nous sommes prêtes pour une soirée des plus studieuses !

Je viens de finir d’écrire quelques articles, que vous avez déjà lus ou que vous lirez un peu plus tard la semaine prochaine. Nous sommes une petite vingtaine dans le chalet et l’ambiance est studieuse comme dans une bibliothèque. Les gens écrivent, ou lisent.

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Il est temps de faire une pause pour regarder des vidéos inspirantes sur des auteurs : par exemple, comment faire une bonne histoire ?

Maÿlis noircit des pages blanches virtuelles sur son ordinateur et me dit à un moment qu’elle trouve la soirée tout à fait productive et qu’elle est heureuse de pouvoir se remettre à écrire. Cela ajoute à ma joie : je ne suis pas la seule à trouver l’endroit enchanteur pour ce genre d’activité !

Plus tard dans la soirée, je suis partie en exploration du chalet. On n’a pas toujours l’occasion de se trouver dans un chalet des années 1930* ! Je monte à l’étage, puis j’aperçois de la lumière venant des combles. En grimpant sur un lit superposé, on peut effectivement rejoindre une sorte de mezzanine, parfaite pour y faire un abri secret ou pour caser quelques matelas si le couchage venait à manquer.

* Le site web sur l’histoire de Pomona College est d’ailleurs assez chouette, et montre une photo du chalet tel qu’il l’était en 1931.

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A partir de 23h, certains écrivains viennent présenter leur travaux : poésie, prose, slam, théâtre… Un festival des mots !

Minuit sonne la fin de l’atelier d’écriture. Maÿlis et moi tombons de sommeil, mais nous continuons à pianoter sur nos claviers encore une bonne heure. Vient alors le moment un peu délicat de la soirée. Resituons les choses : les lits se trouvent à l’étage, qui s’avère être ouvert sur la pièce principale. Qui dit « étudiant un vendredi soir » dit « couche-tard bruyant ». Il a fallu attendre trois ou quatre heures du matin pour que les derniers étudiants aillent (enfin !) se coucher et que nous puissions (enfin !) dormir paisiblement.

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Vue du terrain de jeu depuis l’étage.

Samedi 18 Février 2017, 8h52, Halona Lodge, Idyllwild.

Maÿlis et moi avons passé une nuit assez abominable. Nous sommes allées nous coucher vers une heure, mais qui dit « étudiants », dit « pas encore couchés » et s’endormir devient une épreuve difficile lorsque nous vivons dans un chalet où le dortoir est situé dans un étage ouvert sur la salle commune principale. La consigne de devoir chuchoter pour respecter l’ambiance de travail est désormais aux oubliettes. Heureusement, une étudiante a fini par râler un peu et nous avons pu profiter de quelques heures de répit.

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Habituée à me lever aux aurores, je vois le jour percer à travers la fenêtre juste à côté de mon lit. Un coup d’œil dehors et je me retrouve debout, attrapant mes vêtements et mes affaires de toilettes pour courir sur la pointe des pieds jusqu’à la salle de bain. Sitôt sortie, je dévale les escaliers (toujours en silence _je n’ai pas vraiment l’esprit vengeur), je saute par-dessus les chargeurs et slalome entre les affaires qui jonchent le sol, je croise même un autre « oiseau du matin » (on dit « early bird » en anglais !) et lui chuchote « I’m just going to have a walk outside. To see the snow. »

Je me retrouve sur la terrasse, tout est silencieux. L’atmosphère semble un peu irréelle avec cette vapeur d’eau qui forme une brume un peu fantastique. Vient ce moment de pur bonheur lorsque je pose enfin les pieds dans la neige, avec ces semelles qui font un petit bruit de craquement tout à fait caractéristique. L’air est frais, alors je ne reste pas trop longtemps, juste le temps de laisser des empreintes de pas un peu partout qui intrigueront le prochain visiteur qui passera dans les environs : « mais quel est cet étrange animal qui zig-zague, fait quinze fois le tour des bosquets et saute autant ? »

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Pour conclure, une photo de groupe, sur les marches du chalet.
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Je continue d’écrire dans le bus, en regardant les paysages changeant de la Californie, la bande-originale d’Une Histoire du Temps. Nous voyons de la neige, des montagnes, des villes installées dans des plaines, des collines verdoyantes, des nuages, de la pluie, du soleil aussi. Au moment où je me dis que cela fait du bien de revenir écrire sur l’Astroniste, plateforme qui m’est désormais très chère, un camion nous double avec le message suivant inscrit dessus : « This is home. ».