J’ai été un peu dépassée par les événements, puis j’ai cru que je devais me “rattraper” : un article non écrit, puis deux, puis trois, puis… j’ai laissé l’Astroniste en veille. A quoi bon, puisque j’étais incapable de tenir le rythme ?
Mais un jour, je suis allée déjeuner avec une copine. Tout se passait bien jusqu’au moment où je lui ai parlé des copains que je voyais presque toutes les semaines : “Mais vous parlez de quoi ?”. Il ne pouvait pas se passer suffisamment de choses dans nos vies chaque semaine pour justifier de voir nos amis aussi souvent.
Rita Payés – Nunca vas a comprender


Je me suis rendue compte que de nos jours, on nous demande de la performance partout : au travail, dans nos relations (la fameuse “catch-up culture” ou culture du rattrapage avec un impératif de performance), dans nos loisirs. Il y a quelques semaines, j’ai appris qu’Oldenborg, le centre linguistique californien dans lequel je travaillais (quand les Etats-Unis étaient encore cool) allait être démoli. Un peu nostalgique, j’ai replongé avec des copines dans des articles du blog qui ont près de dix ans ! J’ai oublié quelques épisodes, mais je me rappelle aussi de beaucoup de choses grâce à l’écriture de ce blog. En outre, j’adore avoir mes propres archives et pouvoir les partager avec les gens que j’aime. Pas de notion de performance ici, mais j’ai bien compris que c’est en train de devenir une lutte de tous les jours. Alors on ralentit, on s’ennuie et on se ré-engage dans ce qui compte vraiment pour nous.
En couverture d’article, La Résistance (1870) d’Alexandre Falguière.










La grande nouvelle de cette année, c’est que Tiago et moi avons acheté un appartement à Lisbonne ! Trouver le bon appartement a été une aventure pleine de rebondissements, et je ne parle même pas des travaux de rénovation qui apportent leur lot d’émotions alors qu’on déjà fait plusieurs allers-retours d’ascenseur émotionnel. Malgré tout, nous sommes ravis, et nous trouvons très chanceux. Je vais pouvoir avoir une plus grande piste de danse, plus besoin de m’entraîner dans le couloir !

Cet appartement est un véritable projet créatif : nous avons pris le temps de rassembler tout ce qui nous inspirait et nous avons maintenant hâte de voir le résultat. Emménagement très prochainement… En ce moment, nous mettons de la couleur partout : une chambre rouge, une autre jaune, un bureau et une cuisine vertes…





















Entre-temps, la vie continue dans notre petit appartement à Campolide, qui en a vu de toutes les couleurs (littéralement !) et qui est en train de retrouver ses murs blancs. La période de transition s’étire un peu trop à notre goût, mais elle m’a aussi permis de remarquer à quel point il est important de prendre soin de son lieu de vie, même temporaire. Je le vois parce que nous aurions déjà dû emménager il y a près de deux mois, que nous avons une pièce dédiée aux cartons et qu’on ne se sent désormais plus trop chez nous. En conséquence, nous sommes mentalement épuisés et c’est moins facile d’organiser d’autres plans en ce moment… Même si nous savions que l’appartement actuel était juste une location d’un an ou deux, prendre le temps de nous y installer et de nous ancrer nous a permis de gagner en clarté dans nos projets. J’ai fait cela dans tous mes logements (j’ai accroché tellement d’origamis faits main sur les murs !) et cela m’a probablement aidé à libérer de l’espace mental pour mieux me projeter dans le futur.
Bref, petit appartement, grands souvenirs !







On y a même accueilli les parents et Justine pendant les fêtes de fin d’années et Noël au Portugal est en train de devenir une tradition. Cette année, nous avons joint nos forces à celles de nos amis néo-zélandais restés à Lisbonne. Nous avons mêlé nos coutumes : une auberge espagnole comme en Nouvelle-Zélande, un dîner célébré la veille de Noël comme au Portugal ou en France (nos amis étaient étonnés). Simple et calme, avec notre longue promenade le 25 décembre dans la capitale quasi-déserte. Par contre, on passera sous silence l’intoxication alimentaire à cause des huîtres parce que ouille, je me sens encore un peu vaseuse rien que d’y penser…
J’ai remangé une huître ce printemps, mais j’ai maintenant l’impression de jouer à la roulette russe.



Stormy a fêté ses 7 ans ce printemps et reste fidèle à elle-même : féroce avec les personnes qu’elle ne connaît pas, doudou-câline avec Tiago et moi. Elle se pointe chaque matin devant la caméra à la réunion journalière au travail pour dire bonjour et faire semblant d’être un chat sérieux, puis va se coucher sur son fauteuil pour s’endormir d’un sommeil si profond qu’elle se réveille régulièrement en sursaut au milieu de l’après-midi en miaulant « en quelle année sommes-nous ? ». Le soir, nous lisons toutes les deux au lit, essayant de faire remonter la moyenne de lecture des humains (40% des Etats-Uniens n’auraient pas lu un seul livre en 2025).











Je commence à me sentir à l’aise à Lisbonne, c’est-à-dire que si l’on devait partir vivre dans une autre ville ou un autre pays, beaucoup de personnes me manqueront. Avec le retour des beaux jours, c’est un plaisir de sortir, d’organiser des pique-niques ou d’aller danser dehors. Alors que l’on est tous aujourd’hui hyperconnectés et à la chasse à la performance, c’est presque un acte de résistance que de retrouver ses amis et de parler de tout et de rien.














Nous avons aussi eu de belles visites, comme celle de Margaux que je n’avais pas vu depuis quelques années. On reprend nos conversations exactement comme on les avait terminées la dernière fois qu’on s’est parlé, on va voir des chouettes concerts, on est au bord de la mer et en tant qu’organisatrices de compétition, on a prépare des apéritifs dînatoires de compétition… Du Margaux et Marina tout craché !
On en a profité pour faire un petit road-trip de Lisbonne à Nazaré en passant par Ericeira, Obidos et Bombarral. On s’est régalés de poissons à Ericeira, on a visité un jardin orientaliste extraordinaire à Bombarral où sont exposées des milliers de sculptures, et on a arpenté les ruelles de la cité médiévale d’Obidos. Ce n’était pas la saison des vagues gigantesques à Nazaré, mais cela reste un très joli endroit à visiter (et la piscine dans notre logement de location était particulièrement bienvenue).









La Suède nous a aussi rendu visite ! Maria est restée quelques jours au Portugal et ensemble nous sommes allés en Algarve, que je visitais pour la première fois. Comme première impression, cela a été un peu étrange car juste après une tempête particulièrement violente. On nous vend souvent une Algarve paradisiaque, mais je me rappelle des signes et des arbres détruits sur le bord des routes, du toit qui s’est effondré dans la gym de notre hôtel et de beaucoup de pluie. On a néanmoins profité du spa et réussi à visiter quelques plages particulièrement jolies !








Lorsque les êtres aimés ne viennent pas à nous, c’est nous qui allons à leur rencontre. Cette année, j’ai fêté mon anniversaire à Nantes et c’était magique car toute la famille est allée voir Stacey Kent en concert à la Cité des Congrès. Stacey Kent est un peu l’artiste de la famille. Nous sommes allés la voir plusieurs fois en concert lorsque j’étais enfant et même ma soeur qui n’appréciait pas trop le jazz, avait hâte d’entendre Ooh-shoo-be-doo-bee. J’ai eu la chance de la revoir le soir de mes 31 ans à Stockholm, puis un mois plus tard à Lisbonne, cette fois comme une grande (sans mes parents !). J’ai été très émue de constater le temps passé et que j’avais grandi au son de ses chansons. Je me suis sentie vieillir, de la manière la plus douce et tendre possible. Alors quand une date de concert a été annoncée le soir de mon anniversaire cette année, il n’y a pas eu d’hésitation… Cela a été un très joli moment en famille.
De notre voyage en région nantaise, il faudra retenir la chasse au meilleur banh mi, la nouvelle obsession de Tiago. On a tenté d’en trouver à Lisbonne mais notre premier test a été un échec particulièrement cuisant et on essaie encore de s’en remettre. Nous avons aussi fait la tournée des parcs : le magnifique parc oriental de Maulévrier et le Jardin Extraordinaire à Nantes, qui se voit maintenant doté d’une espèce d’oasis vraiment sympathique.




Je suis aussi allée à Toulouse ce printemps pour renouer avec mes amours dansantes. Direction Toulouse Fusion Week-End, le premier festival de fusion que j’ai découvert en France quand je suis rentrée des Etats-Unis.
“Je me suis remise au tango tradi.” “Ah c’est marrant, moi aussi !” “Parce que tu vieillis”, me lâche Violaine. Nous nous recontrons entre les deux portes d’entrée du studio de danse, là où se trouve la juste température pour se rafraîchir après un set magnifique du groupe La Revolucion Band. Je les ai découverts en 2019, lors de la première édition du festival de danse fusion de Toulouse. A l’époque (ça y est, j’utilise des expressions de vieille !), je dansais une dizaine d’heures par semaine. J’avais arrêté le tango argentin, trouvant l’étiquette trop guindée, je dansais le West Coast Swing plus que je marchais et allait même suivre une formation pour enseigner ce style. Aujourd’hui, la version de moi dans la vingtaine n’en croirait pas ses oreilles. Reprise du tango ? Abandon du swing ? A la fin de notre échange avec Violaine, je retourne sur la piste de danse où la Nocturna commence. La Nocturna, c’est un moment un peu magique car la piste de danse est progressivement plongée dans l’obscurité. Il y fait tellement sombre qu’on ne distingue plus que les bracelets fluorescents des danseurs. Dans le noir, je crois que j’ai enfin compris quelque chose.

Je me rends compte que j’aime toujours danser, mais que j’ai simplement changé (ok, vieilli). Une nouvelle génération est arrivée, et avec elle, de nouvelles valeurs qui viennent influencer la piste de danse. J’ai vérifié ma théorie avec les danseurs de ma génération (danses géniales) et les plus jeunes (danses plaisantes, mais avec un « mais »). En tout cas, j’éprouve à nouveau plus de plaisir à retourner danser socialement…
Tiago et moi avons aussi commencé les cours de tango ensemble, encouragés par un couple d’amis et je dois dire que j’adore les jeudis soirs au cours de danse. On s’est promis de pratiquer quelques pas le soir après dîner pendant les vacances d’été et d’aller à notre première milonga à la rentrée. Nous sommes motivés.







De la danse, et aussi de la musique. J’en ai fait ma quête personnelle d’aller à plus d’événements culturels à Lisbonne, et d’aller notamment explorer la scène jazz lisboète. Nous sommes allées à Badassery, une jam jazz qui a lieu tous les mercredis et qui redonne un vrai coup de boost en milieu de semaine tellement c’est déjanté !
Nous avons aussi découvert un très joli duo de musique brésilienne, Nicole Monteiro et Adolfo Lothar, et nous sommes complètement sous le charme. Nous avons emmenés nos amis Marta et Guillermo au concert de présentation de leur nouvel album et nous étions sur un petit nuage. Pensez dessin animé Disney, petits oiseaux chantants, soupirs et tout le tralala. Je jette un coup d’oeil aux spectateurs et je vois qu’on est tous dans le même état : en larmes, ou le sourire béat (ou les deux). Voilà donc des artistes à suivre de près, pour profiter de leurs performances encore un peu intimistes.
Dans un registre plus connu, nous sommes allés à trois autres concerts : Laufey, Rita Payés et Marcos Valle. Nous avons eu de la chance de voir Laufey en concert solo, car c’est probablement la dernière fois qu’elle se produit de cette manière. Après tout, elle remplit maintenant des arènes !
Vous savez ce que tous ces artistes ont en commun ? Ce sont des affaires familiales. Laufey joue avec sa soeur, Rita Payés, avec son mari et sa mère (et on frère lui écrit des chansons), Marcos Valle, avec sa femme. Et je ne parle même pas des couples, Stacey Kent et Jim Tomlison, et Nicole Monteiro et Adolfo Lothar. C’est plutôt amusant, non ? Jouer avec votre famille, un gage de qualité ?
Chaque concert a été une très belle soirée, dans une ambiance vraiment détendue. C’était à chaque fois le rendez-vous des gens sympas, une qualité un peu sous-estimée de nos jours. Pink Martini serait d’accord avec moi.






Tiago et moi prenons aussi soin de nous physiquement. Les sessions sauna ont été notre petit moment privilégié. On aime tellement ça qu’on a failli faire construire un petit sauna dans notre appartement. Une petite douche glaciale et on s’est vus remettre les idées en place (oui, oui, c’était carrément déraisonnable…). Tiago continue d’expérimenter le « cold plunge » (« bain glacé ») à 8 degrés, mais j’ai lu que cela pouvait provoquer un stress hormonal excessif chez les femmes et j’ai gaiement abandonné l’idée. La douche froide est amplement suffisante !
De mon côté, j’ai testé les cours de barre (un mélange alliant fitness, pilates et ballet) juste à-côté de l’appartement et j’ai passé une année vraiment amusante. J’ai même participé à un événement brunch, barre et séminaire beauté (tout en portugais) organisé par ce joli studio. Malheureusement, j’ai atteint un palier donc j’ai besoin d’une activité un peu plus intense et moi qui cherchais aussi à trouver du contact humain, ai été un peu déçue par ces femmes tout le temps collées à leur téléphone…





Bientôt deux ans à Lisbonne et je rêve de me constituer un cercle de copines. J’ai eu quelques soirées sympathiques, mais j’ai voulu pousser ma chance et suis allée à plusieurs événements organisés par le Nomad Girls Club pour rencontrer du monde. Mes sorties favorites sont les cours de pilates ou de yoga le week-end. Lisbonne est souvent bondée alors c’est un moment très spécial de pouvoir « s’approprier » la ville de cette manière : je me lève le dimanche matin, marchant une petite heure parmi les rues semi-désertes jusqu’à la terrasse où se déroule le cours, surplombant la ville.
J’ai aussi pu fêter le nouvel an lunaire, un de mes souvenirs les plus tendres cette année, car je n’ai pas pu rejoindre ma famille ce week-end-là. Cela fait du bien de pouvoir partager ses traditions avec quelqu’un, alors imaginez avec un groupe de femmes curieuses et enthousiastes !

















Que serait l’Astroniste sans les innombrables photos de nourriture ! Une constante. Rien de nouveau de ce côté-là à part qu’on continue de tester et d’inventer de nouvelles recettes. J’ai déclarer pouvoir rester au Portugal parce que d’une, on y trouve de délicieuses myrtilles, de deux, j’ai enfin un dealer de thés. Tout va bien.


Ainsi se conclut donc ce retour sur le blog. Ici, aucune intelligence artificielle n’a été maltraitée dans l’écriture de cet article. Il ne s’agit que de mettre sur papier (numérique) quelques souvenirs et de souffler un coup. Nos vies s’écoulent à un rythme de plus en plus effréné, si bien que l’on court parfois comme des poulets sans tête (cette expression fonctionne mieux en anglais : like headless chickens) et qu’il est de moins en moins simple de s’arrêter pour faire une pause. Je crois qu’écrire est mon moyen de m’octroyer cette pause coûte que coûte. Ça et regarder Stormy dormir paisiblement, en comptant ses respirations. Je reviens prochainement avec un article sur l’été : préparez-vous à une myriade de photos de travaux…
